Fait générateur des cotisations : deux évolutions de fond

Fait générateur

En paie, le fait générateur désigne le moment à partir duquel les règles d’assiette, de taux, de plafond et d’exonération deviennent applicables pour calculer les cotisations sociales. Le principe de base reste inchangé : on applique en général les règles en vigueur au titre de la période d’activité pour laquelle la rémunération est due, et non celles en vigueur à la date du versement.

Mais deux ajustements importants ont été apportés fin 2025 pour sécuriser les pratiques des employeurs et harmoniser le droit positif avec la doctrine du BOSS.

Le principe de rattachement

Le BOSS rappelle que la redevabilité suit la rémunération elle-même : les droits et obligations en matière de cotisations naissent dès lors qu’une somme est due, indépendamment du moment où elle est effectivement payée. En pratique, cela signifie qu’un salaire versé en janvier pour un travail de décembre reste soumis aux règles applicables en décembre, car c’est la période d’emploi qui sert de référence.

Ce principe vaut aussi pour les sommes versées pendant un contrat en cours, y compris en cas de suspension du contrat, et il structure toute la mécanique de paie sociale.

Première évolution : les versements périodiques après départ

La première évolution concerne les éléments de rémunération habituellement versés selon une périodicité différente du mois, puis payés après le départ du salarié. Le décret du 26 décembre 2025 a modifié l’article R. 242-1 du Code de la sécurité sociale pour préciser que, dans ce cas, les règles applicables sont celles retenues pour le versement de ces mêmes éléments aux salariés toujours présents dans l’entreprise.

Autrement dit, pour des éléments comme certains dispositifs d’intéressement ou primes périodiques, on se rattache aux règles applicables à la période d’activité correspondant à la rémunération de référence, et non à une logique spécifique de “sortant”. Cette rédaction rejoint la doctrine du BOSS, qui prévoit que les cotisations sont calculées selon les règles en vigueur au cours de la période d’activité correspondant à la rémunération avec laquelle ces éléments auraient dû être versés.

Deuxième évolution : les sommes liées à la rupture

La seconde évolution concerne les sommes dues au titre de la fin de la relation de travail, comme les indemnités de rupture ou de non-concurrence. Là encore, le décret a simplifié la rédaction du Code de la sécurité sociale : les règles applicables sont désormais celles en vigueur au terme de la dernière période d’emploi, et non plus celles de la “dernière période d’activité ayant donné lieu à rémunération”.

Cette précision est importante en pratique, car elle évite les hésitations lorsque la dernière période d’emploi n’a pas donné lieu à rémunération ou lorsqu’il existe des particularités de calendrier. Le BOSS avait déjà retenu cette approche, en visant expressément la dernière période d’emploi du salarié, y compris si elle n’est pas rémunérée.

Conséquences pratiques en paie

Ces évolutions ont un impact direct sur la gestion des bulletins de paie de sortie et des régularisations. Elles imposent de distinguer plus nettement entre : les éléments de rémunération rattachés à une période antérieure d’activité, les éléments périodiques versés après le départ, et les sommes directement liées à la rupture du contrat.

Pour les services paie et SIRH, l’enjeu est double : fiabiliser les paramètres de calcul au bon moment, et sécuriser la DSN en évitant les rattachements erronés qui pourraient conduire à un redressement URSSAF. En pratique, cette clarification est particulièrement utile pour les entreprises qui gèrent des primes annuelles, de l’intéressement, des rappels de salaire ou des indemnités de rupture dans un environnement multi-règles.

Ce qu’il faut retenir

Le droit positif et la doctrine convergent désormais sur deux points essentiels : d’une part, les versements périodiques après départ sont traités comme les versements équivalents des salariés en poste ; d’autre part, les sommes liées à la rupture sont rattachées à la dernière période d’emploi.

Pour les praticiens de la paie, le bon réflexe consiste donc à raisonner d’abord en fonction de la nature de la somme, puis à identifier la période d’emploi de référence et les règles sociales applicables à cette période. Le décret n° 2025-1338 du 26 décembre 2025 a ainsi donné une base réglementaire claire à une doctrine déjà bien installée dans le BOSS

SMIC en juin 2026 : Nouveaux montants et explication de la hausse

 

HAUSSE SMIC JUIN 2026

Dès le 1er juin 2026, le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) connaîtra une nouvelle revalorisation en France. Cette hausse, annoncée par le gouvernement, vise à protéger le pouvoir d’achat des travailleurs face à la remontée récente de l’inflation. Si vous êtes salarié au salaire minimum ou employeur, voici tout ce que vous devez savoir sur cette mise à jour importante de la fiche de paie.

Les nouveaux montants du SMIC au 1er juin 2026

La revalorisation actée pour ce mois de juin est de +2,41 % . Cette augmentation représente environ 44 euros bruts supplémentaires par mois pour un salarié à temps plein (35 heures hebdomadaires) .

Voici le détail des nouveaux montants applicables dès le 1er juin 2026 :

  • SMIC horaire brut : 12,31 €
  • SMIC mensuel brut (pour 35h) : 1 867,02 €
  • SMIC mensuel net (pour 35h) : Environ 1 477,93 €

Ces montants devront obligatoirement figurer sur les fiches de paie des salariés concernés pour les heures travaillées à partir du mois de juin.

Pourquoi une revalorisation anticipée en juin ?

Contrairement à la hausse annuelle traditionnelle du 1er janvier, cette augmentation de juin 2026 est le résultat d’un mécanisme légal de revalorisation automatique .

En France, le Code du travail prévoit que si l’indice des prix à la consommation (hors tabac) des ménages du premier quintile augmente de plus de 2 % par rapport à la dernière augmentation du SMIC, le salaire minimum doit être rehaussé dans les mêmes proportions. L’inflation étant repassée au-dessus de la barre des 2 % , cette hausse mécanique de 2,4 % s’applique donc pour compenser la perte de pouvoir d’achat des ménages les plus modestes .

Ce qu’il faut retenir pour les entreprises et les salariés

Pour les salariés, cette augmentation se traduira par une légère hausse du revenu disponible à la fin du mois, les aidant à faire face à l’augmentation du coût de la vie. Il est conseillé de bien vérifier sa fiche de paie de juin pour s’assurer que le nouveau taux horaire de 12,31 € brut est bien appliqué.

Pour les employeurs et les services RH, cette revalorisation nécessite une mise à jour immédiate des logiciels de paie. Il est crucial de s’assurer que les salaires versés à compter du 1er juin respectent ce nouveau minimum légal, sous peine de sanctions. Par ailleurs, cette hausse du SMIC peut entraîner par ricochet la nécessité de revoir les grilles salariales des conventions collectives si les premiers échelons se retrouvent rattrapés par le nouveau salaire minimum.

En résumé : Le SMIC net passe à près de 1 478 € mensuels au 1er juin 2026 grâce à une hausse automatique de 2,41 % liée à l’inflation. Une mesure essentielle pour préserver le pouvoir d’achat des travailleurs au salaire minimum en France.

Solde de la taxe d’apprentissage 2026 et fléchage SOLTEA

La campagne 2026 de fléchage du solde de la taxe d’apprentissage ouvre le 26 mai 2026 sur la plateforme SOLTéA.

soltea

Qu’est-ce que le solde de la taxe d’apprentissage ?

La taxe d’apprentissage est une contribution obligatoire qui finance le développement de l’apprentissage et des formations initiales technologiques et professionnelles. Elle concerne les employeurs assujettis à l’impôt sur les sociétés, ainsi que les personnes physiques et sociétés de personnes ayant opté pour ce régime fiscal, dès lors qu’elles exercent une activité industrielle, commerciale ou artisanale.

Elle se compose de deux fractions distinctes :

  • La part principale (taux de 0,59 % de la masse salariale) : déclarée et payée mensuellement via la DSN. Elle alimente les OPCO pour financer l’apprentissage.
  • Le solde (taux de 0,09 % de la masse salariale de l’année précédente) : collecté une fois par an via la DSN d’avril, puis reversé aux établissements de formation choisis par l’employeur.
Rappel réglementaire

Le solde de la taxe d’apprentissage n’est pas dû en Alsace-Moselle, où un régime particulier s’applique. Les employeurs n’ayant aucun établissement en France et immatriculés au CNFE en sont également exonérés.

Comment est calculé le solde 2026 ?

Pour l’exercice 2026, le solde est calculé sur la base de la masse salariale brute de l’année 2025. Le taux applicable est de 0,09 %.

Ce montant a été déclaré et prélevé par l’Urssaf (ou la MSA pour les entreprises agricoles) via la DSN d’avril 2026, avec une exigibilité fixée au 5 ou 15 mai 2026 selon la taille de l’entreprise. C’est ce montant, une fois collecté, qui est mis à disposition sur SOLTéA pour que l’employeur puisse désigner librement ses bénéficiaires.

⚠ À noter

Depuis 2023, les employeurs ne versent plus directement les fonds aux établissements. Le solde transite obligatoirement par SOLTéA : l’employeur désigne, la Caisse des Dépôts verse.

Exception : les subventions d’équipement ou de matériel aux CFA (centres de formation d’apprentis) peuvent toujours être effectuées directement, sans passer par la plateforme.

Le calendrier 2026 de la campagne SOLTéA

La campagne de répartition 2026 se déroule en deux phases successives, permettant aux employeurs de réviser ou compléter leurs vœux d’affectation, suivies de versements aux établissements désignés.

Étape Date
Ouverture de SOLTéA aux employeurs et aux établissements Début campagne 26 mai 2026
1ʳᵉ période de répartition par les employeurs 26 mai → 21 août 2026
1ᵉʳ virement aux établissements désignés Versement À partir du 1ᵉʳ septembre 2026
2ᵉ période de répartition par les employeurs 3 septembre → 21 octobre 2026
Clôture définitive de la campagne Date limite 21 octobre 2026
2ᵉ virement aux établissements désignés Versement À partir du 5 novembre 2026
Versement des fonds non répartis (voie réglementaire) À partir du 26 novembre 2026

Quels établissements peuvent être désignés ?

Les employeurs peuvent affecter leur solde à tout établissement ou formation habilité à le percevoir, notamment :

  • Les lycées professionnels et technologiques ;
  • Les universités et grandes écoles (filières technologiques) ;
  • Les centres de formation d’apprentis (CFA) ;
  • Les écoles de commerce, d’ingénieurs ou artistiques habilitées ;
  • Les structures d’insertion professionnelle éligibles.

Sur la plateforme, l’employeur peut consulter le catalogue national, rechercher des établissements par mot-clé, SIRET, zone géographique ou niveau de formation, puis définir librement le pourcentage du solde à attribuer à chaque bénéficiaire.

Comment accéder à SOLTéA : la procédure pas à pas

  • Se connecter via Net-Entreprises
    L’accès à SOLTéA s’effectue exclusivement via le portail Net-Entreprises. Munissez-vous de vos identifiants habituels.
  • Activer l’habilitation « SOLTéA – Employeur »
    L’habilitation doit être activée dans le menu personnalisé. Comptez un délai de 24 heures avant que l’accès au service soit effectif.
  • Rechercher les établissements bénéficiaires
    Une fois connecté sur soltea.education.gouv.fr, utilisez le catalogue pour retrouver vos partenaires habituels ou découvrir de nouveaux établissements.
  • Émettre ses vœux d’affectation
    Désignez un ou plusieurs établissements et répartissez le pourcentage du solde que vous souhaitez leur attribuer. Les vœux peuvent être modifiés pendant les deux périodes de répartition.
Cas particulier : les tiers-déclarants (experts-comptables, cabinets de paie)

Pour les tiers-déclarants, la visibilité automatique du portefeuille client ne s’applique qu’aux SIRET pour lesquels la DSN a été assurée au cours des six derniers mois.

Dans les autres cas, un mandat spécifique (ou une lettre de mission justifiant d’un mandat implicite) doit être transmis à la Caisse des Dépôts pour obtenir les droits d’accès au compte du client.

Que se passe-t-il si l’employeur ne désigne aucun établissement ?

Les fonds non répartis par les employeurs avant le 21 octobre 2026 ne sont pas perdus, mais ils échappent au choix de l’entreprise. Conformément à l’article R. 6241-28 du Code du travail, ils sont redistribués par voie réglementaire selon deux critères :

  • Un critère géographique : les fonds sont alloués aux établissements situés dans la région de l’entreprise concernée ;
  • Un critère de besoins de recrutement : les formations préparant aux 10 métiers les plus en tension sont prioritaires (liste actualisée par un arrêté du 21 mai 2025).

La Caisse des Dépôts procède à ce versement réglementaire à partir du 26 novembre 2026.

⚠ Conseil pratique

Ne pas agir avant le 21 octobre 2026 signifie renoncer à tout contrôle sur la destination de ses fonds. Si vous souhaitez soutenir un établissement partenaire, une école dont vous recrutez les diplômés, ou un CFA local, agissez avant la clôture de la première période (21 août 2026) pour garantir le versement dès septembre.

Questions fréquentes

Peut-on répartir son solde en euros plutôt qu’en pourcentage ?

Non. Sur SOLTéA, l’affectation se fait en pourcentage du solde total. La Caisse des Dépôts calcule ensuite la somme en euros correspondante et effectue le virement aux établissements.

Peut-on modifier ses désignations après les avoir validées ?

Oui, les vœux peuvent être modifiés ou complétés durant les deux périodes de répartition ouvertes en 2026. En revanche, aucune modification n’est possible après la clôture du 21 octobre 2026.

Un employeur peut-il verser directement à un CFA sans passer par SOLTéA ?

Partiellement. Le versement direct reste possible uniquement sous forme de subventions d’équipement ou de matériel aux CFA. Pour tout autre type de versement, SOLTéA est le seul canal autorisé.

La taxe d’apprentissage est-elle due par toutes les entreprises ?

Non. Elle concerne les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés et certaines structures exerçant des activités industrielles, commerciales ou artisanales. Les entreprises d’Alsace-Moselle et celles sans établissement en France (immatriculées au CNFE) en sont exonérées.

Quelle est la différence entre la part principale et le solde ?

La part principale (0,59 % de la masse salariale) est versée chaque mois via la DSN et transite par les OPCO pour financer l’apprentissage. Le solde (0,09 %) est versé une fois par an en mai et peut être fléché librement vers des établissements de formation via SOLTéA.