Refus d’un CDI en fin de CDD : le signalement de l’employeur à France Travail

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Depuis le 1er janvier 2024, un employeur dont le salarié en fin de CDD (ou de mission d’intérim) refuse une proposition de CDI doit informer France Travail de ce refus. Instaurée par la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 dite « loi marché du travail », cette obligation de signalement est souvent associée, dans la pratique des gestionnaires de paie, à la clôture du dossier : solde de tout compte, certificat de travail et DSN de fin de contrat. Pourtant, le signalement obéit à des règles propres qui ne figurent pas dans le reçu pour solde de tout compte. Cet article fait le point complet : depuis quand, pourquoi, qui est concerné, comment l’information est transmise, et quelles conséquences pour le salarié comme pour l’employeur.

Le principe : une obligation de signalement depuis le 1er janvier 2024

Le dispositif repose sur trois textes complémentaires :

  • la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 portant mesures d’urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi (article 2), qui a créé les articles L. 1243-11-1 du Code du travail (CDD) et L. 1251-33-1 (contrats de mission) ;

  • la loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 dite « loi plein emploi », qui a fixé l’entrée en vigueur du dispositif au 1er janvier 2024 ;

  • le décret n° 2023-1307 du 28 décembre 2023 (articles R. 1243-2 et R. 1251-3-1), complété par un arrêté du 3 janvier 2024 qui désigne la plateforme dématérialisée de signalement.

Le mécanisme est simple dans son principe : lorsque le salarié refuse une proposition de CDI répondant à des conditions strictes, l’employeur en informe France Travail en justifiant du caractère similaire de l’emploi proposé (art. L. 1243-11-1). Le refus est ensuite pris en compte par l’opérateur pour examiner les droits du demandeur d’emploi à l’assurance chômage.

Le dispositif a été contesté par plusieurs organisations syndicales (CGT, CGT-FO, Solidaires, FSU), mais le Conseil d’État l’a validé dans une décision du 18 juillet 2025 (n° 492244), après avoir déjà écarté une question prioritaire de constitutionnalité en juillet 2024 . Il s’applique donc pleinement.

Pourquoi cette obligation ?

L’objectif affiché du législateur est de favoriser le plein emploi et la stabilisation de l’emploi en contrats courts : il s’agit de renforcer le partage d’informations entre les employeurs et France Travail et de décourager les refus répétés de pérennisation, susceptibles de priver le demandeur d’emploi de ses allocations (voir ci-dessous). Concrètement, le signalement permet à France Travail de repérer les situations de refus répétés et de réaliser un examen approfondi des droits à l’assurance chômage de l’ancien salarié

L’obligation pèse sur :

  • l’employeur d’un salarié en CDD à qui il a proposé de poursuivre la relation de travail en CDI ;

  • l’entreprise utilisatrice d’un salarié intérimaire à qui elle a proposé un CDI à l’issue de la mission — et non l’entreprise de travail temporaire .

Attention : le signalement n’est dû que si la proposition de CDI respecte toutes les conditions posées par les textes. Une proposition hors cadre ne déclenche aucune obligation.

Les conditions cumulatives de la proposition de CDI

Le signalement n’est obligatoire que si les conditions suivantes sont cumulativement réunies (France Travail, art. R. 1243-2) :

  1. Une proposition écrite, notifiée avant le terme du CDD ou de la mission : lettre recommandée avec accusé de réception, lettre remise en main propre contre décharge, ou tout autre moyen donnant date certaine à sa réception ;

  2. Un poste similaire au contrat en cours :

    • même emploi ou emploi similaire ;

    • rémunération au moins équivalente ;

    • durée de travail équivalente ;

    • même classification ;

    • lieu de travail inchangé ;

  3. Un délai de réflexion raisonnable laissé au salarié pour se prononcer, avec la mention expresse qu’à l’issue de ce délai, l’absence de réponse vaut refus (refus tacite).

C’est cette troisième condition qui fait souvent défaut en pratique : sans mention claire du délai et de la sanction du silence, le caractère tacite du refus est difficile à établir.

Et pour l’intérim ? Pour les contrats de mission, l’entreprise utilisatrice est soumise à la même logique de proposition écrite avant la fin de la mission et d’information de France Travail en cas de refus (art. L. 1251-33-1). Les conditions légales y sont toutefois formulées plus succinctement : même emploi ou emploi similaire, sans changement du lieu de travail.

Comment l’information est-elle transmise, et à qui ?

L’information est adressée à France Travail, par voie dématérialisée, en deux étapes (France Travail) :

Étape 1 : la déclaration sur le téléservice

L’employeur transmet les informations via la plateforme « Démarches numériques », accessible sur demarche.numerique.gouv.fr (démarche « Refus de CDI : informer France Travail », également référencée sur entreprendre.service-public.gouv.fr). Le signalement doit être effectué dans le mois qui suit le refus exprès du salarié ou, en l’absence de réponse, l’expiration du délai de réflexion.

Le contenu de l’information est encadré par l’article R. 1243-2 :

  • un descriptif de l’emploi proposé et les éléments justifiant que l’emploi est identique ou similaire, que la rémunération est au moins équivalente, que la durée de travail est équivalente et que la classification et le lieu de travail sont identiques ;

  • le délai laissé au salarié pour se prononcer ;

  • la date du refus exprès, ou la date d’expiration du délai au terme duquel le refus est réputé acquis.

Si France Travail constate que les informations sont incomplètes, elle adresse une demande de compléments à l’employeur, qui dispose de 15 jours pour y répondre.

Étape 2 : la mention en DSN

Après la déclaration en ligne, l’employeur renseigne en DSN, au moment du signalement de fin de contrat, la rubrique « Refus de la proposition d’un CDI suite à CDD ou contrat de mission » avec la valeur « Proposition refusée » (France Travail).

Point de vigilance essentiel : la DSN ne se substitue pas au téléservice. Un signalement effectué uniquement en DSN, sans déclaration préalable sur la plateforme, peut priver à tort l’ancien salarié de ses droits aux allocations de chômage — avec un risque de contestation pour l’employeur. Les deux démarches sont cumulatives.

Solde de tout compte : ce qui change (et ce qui ne change pas)

Le reçu pour solde de tout compte n’est pas le support légal du signalement : il liste les sommes versées au salarié et n’a pas vocation à mentionner le refus d’un CDI. En revanche, la clôture du CDD dans le logiciel de paie est le bon moment pour :

  • exclure l’indemnité de fin de contrat (prime de précarité) si le salarié a refusé un CDI conforme (voir ci-dessous) ;

  • déclencher la démarche en ligne de signalement (dans le mois du refus) ;

  • renseigner la rubrique DSN de fin de contrat.

C’est ce rapprochement chronologique, dans le dossier de fin de contrat, qui crée la confusion entre solde de tout compte et signalement.

Quelles conséquences pour le salarié ?

La perte de l’indemnité de fin de contrat (CDD)

Pour les salariés en CDD, la conséquence est immédiate et antérieure au dispositif de signalement : l’indemnité de fin de contrat (10 % de la rémunération brute totale) n’est pas due lorsque le salarié refuse un CDI pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d’une rémunération au moins équivalente (art. L. 1243-10, 3°). La Cour de cassation a précisé que cette règle s’applique même si le salarié avait déjà annoncé qu’il ne souhaitait pas poursuivre au-delà du terme, dès lors que la proposition a été faite avant la fin du CDD (Cass. soc., 3 juillet 2024, n° 23-12.340, ).

Différence notable pour l’intérim : le refus d’un CDI proposé par l’entreprise utilisatrice ne figure pas parmi les cas de perte de l’indemnité de fin de mission prévus par l’article L. 1251-33. L’intérimaire refusant un CDI conserve donc son IFM, mais reste exposé aux conséquences côté assurance chômage.

Le risque sur les allocations de chômage

C’est le cœur du dispositif issu de la loi marché du travail :

  • Au premier refus : aucune suppression automatique. France Travail vérifie les informations transmises, puis informe l’ancien salarié par courrier des conséquences possibles de son refus sur ses droits, en cas de refus répété (France Travail).

  • Au deuxième refus : le salarié qui a refusé à deux reprises au cours des 12 mois précédents une proposition de CDI conforme (ou une proposition à l’issue de deux missions d’intérim) ne peut pas bénéficier de l’allocation d’assurance chômage (ARE), sauf exceptions (art. L. 5422-1, I, Code du travail numérique).

Deux exceptions permettent de conserver l’ouverture des droits :

  1. le demandeur d’emploi a été employé en CDI au cours de la même période de 12 mois ;

  2. la dernière proposition ne respectait pas les critères de son contrat d’engagement (ex-projet personnalisé d’accès à l’emploi, PPAE) élaboré avec France Travail avant le dernier refus.

Le salarié peut par ailleurs contester la décision de France Travail devant le juge, et transmettre à l’opérateur tout élément utile à l’examen de sa situation, comme l’a rappelé le Conseil d’État .

Quels risques pour l’employeur ?

Aucune sanction spécifique (pénale ou administrative) n’est prévue à ce jour en cas de signalement manquant ou tardif. Deux risques de fond subsistent néanmoins :

  • un signalement incomplet ou effectué uniquement en DSN peut priver à tort le salarié de ses droits, avec un risque de contestation ou de litige ;

  • une proposition de CDI mal formalisée (pas d’écrit, pas de date certaine, pas de mention du délai de réflexion) prive le signalement de valeur : le refus ne pourra pas être opposé au salarié devant France Travail.

Récapitulatif : les points clés en un tableau

Question Réponse
Depuis quand ? 1er janvier 2024
Textes de référence Loi 2022-1598 (art. L. 1243-11-1, L. 1251-33-1, L. 5422-1), décret 2023-1307, arrêté du 3 janvier 2024
Qui signale ? L’employeur (CDD) ou l’entreprise utilisatrice (intérim)
À qui ? France Travail
Sous quel délai ? 1 mois à compter du refus (exprès ou tacite)
Comment ? Téléservice « Démarches numériques » + rubrique DSN de fin de contrat (les deux sont cumulatives)
Conséquence au 1er refus Information du salarié par courrier ; perte de la prime de précarité (CDD uniquement)
Conséquence au 2e refus en 12 mois Pas d’ouverture de droits à l’ARE, sauf exceptions (CDI dans la période, dernière offre non conforme au contrat d’engagement)

FAQ : refus d’un CDI en fin de CDD

Est-ce qu’un salarié perd le chômage s’il refuse un CDI ?
Pas dès le premier refus. En revanche, après deux refus en 12 mois de propositions de CDI conformes (même emploi ou emploi similaire, rémunération au moins équivalente, durée de travail équivalente, classification et lieu inchangés), l’ouverture des droits à l’ARE peut lui être refusée, sauf s’il a travaillé en CDI pendant cette période ou si la dernière offre ne correspondait pas à son contrat d’engagement (art. L. 5422-1).

Qui doit signaler le refus d’un CDI à France Travail ?
L’employeur pour un salarié en CDD ; l’entreprise utilisatrice pour un intérimaire en fin de mission (art. L. 1251-33-1).

Quel est le délai pour effectuer le signalement ?
Un mois à compter du refus exprès du salarié ou, en l’absence de réponse, de l’expiration du délai de réflexion (art. R. 1243-2).

Le signalement du refus de CDI se fait-il en DSN ?
En partie seulement : la DSN (rubrique « Refus de la proposition d’un CDI suite à CDD ou contrat de mission », valeur « Proposition refusée ») complète le téléservice sur la plateforme Démarches numériques, mais ne le remplace pas (France Travail).

Le refus d’un CDI fait-il perdre la prime de précarité ?
Oui pour un CDD, dès le premier refus d’une proposition conforme (art. L. 1243-10, 3°). Non pour un intérimaire, qui conserve l’indemnité de fin de mission (art. L. 1251-33).

Le silence du salarié vaut-il refus ?
Oui, à condition que la proposition écrite lui ait indiqué expressément qu’à l’issue du délai de réflexion, l’absence de réponse vaut rejet de la proposition (art. R. 1243-2).

IA Act & RGPD : impact concret sur 5 cas d’usage RH

Cas d'usage IA Act et RGPD

L’IA Act et le RGPD s’appliquent conjointement dès qu’un outil d’IA traite des données de candidats ou de salariés. L’IA Act encadre le système d’IA lui-même (risque, transparence, supervision humaine), tandis que le RGPD encadre le traitement des données personnelles (finalité, base légale, droits des personnes, sécurité).

Voici cinq cas d’usage RH typiques, avec l’impact concret de chaque cadre réglementaire.


1. Chatbot de recrutement (interaction avec les candidats)

Scénario : Un chatbot répond aux questions des candidats, pré-qualifie les profils et oriente vers les offres.

  • IA Act (article 50) : obligation de transparence depuis le 2 août 2026 : le candidat doit être informé qu’il interagit avec une IA.
  • RGPD : le chatbot collecte des données personnelles (CV, réponses, coordonnées). Il faut :
    • Une finalité explicite (recrutement).
    • Une base légale (exécution de mesures précontractuelles ou consentement).
    • Une information claire (mentions d’information, durée de conservation, destinataires).
    • Le respect des droits d’accès, de rectification et d’effacement.
  • Risque principal : opacité du traitement et collecte excessive de données.

 

  • Mesures clés :
    • Mention visible « Vous parlez avec un assistant IA ».
    • Politique de conservation limitée des logs de conversation.
    • Interdiction de saisir des données sensibles (santé, opinions, etc.) dans le chatbot

2. Tri de CV et scoring de candidats

Scénario : Un outil classe les candidatures, attribue un score et propose une short-list.

  • IA Act : usage classé « haut risque » (annexe III) : obligations complètes à partir du 2 décembre 2027 (documentation technique, gestion des risques, qualité des données, supervision humaine, information des personnes).

 

  • RGPD :
    • Base légale : mesures précontractuelles (article 6.1.b) ou consentement selon le cas.
    • Information spécifique sur l’existence d’une décision automatisée et ses effets (article 13–14).
    • Droit à l’intervention humaine, à la contestation et à l’explication (article 22).
  • Risque principal : discrimination, biais, décision entièrement automatisée sans contrôle humain.

 

  • Mesures clés :
    • Supervision humaine effective : un recruteur doit pouvoir contester et passer outre le score.
    • Tests de non-discrimination (taux de sélection par groupe) et documentation
    • Information claire aux candidats : « Votre candidature est évaluée à l’aide d’un système d’IA ».

3. Évaluation de la performance et répartition des tâches

Scénario : Un système analyse l’activité des salariés (productivité, temps de traitement, comportements) pour évaluer la performance et attribuer des tâches.

  • IA Act : haut risque (annexe III) : mêmes obligations que pour le recrutement, applicables à partir de décembre 202

 

 

  • RGPD :
    • Finalité limitée et légitime (gestion des ressources humaines).
    • Principe de minimisation : ne collecter que les données strictement nécessaires.
    • Information des salariés et, en France, consultation du CSE avant déploiement.
  • Risque principal : surveillance excessive, pression psychologique, décisions automatisées impactant la carrière.

 

  • Mesures clés :
    • Contrôle humain : un manager doit valider toute décision importante (promotion, sanction, licenciement).
    • Transparence interne : expliquer aux salariés quels indicateurs sont utilisés et comment.
    • Limitation de la conservation des données de suivi.

4. Génération de contenus RH (offres d’emploi, comptes-rendus, communications)

Scénario : Les équipes RH utilisent un générateur de texte pour rédiger des offres, des lettres de refus, des comptes-rendus d’entretien.

  • IA Act (article 50) : depuis le 2 août 2026, obligation de marquer les contenus générés par IA (texte, image, audio, vidéo) et d’informer lorsque c’est pertinent pour le public.

 

  • RGPD :
    • Si le contenu inclut des données personnelles (noms, situations individuelles), il faut respecter les principes de minimisation et de confidentialité.
    • Attention aux outils qui utilisent les prompts pour entraîner leurs modèles : vérifier les clauses contractuelles et les options de désactivation
  • Risque principal : fuite de données sensibles via les prompts, publication non marquée de contenus IA.

 

  • Mesures clés :
    • Interdire la saisie de données personnelles sensibles dans les outils d’IA générative non approuvés.
    • Mettre en place un marquage interne (ex. « Document rédigé avec assistance IA ») et, si nécessaire, un watermarking technique.
    • Choisir des fournisseurs qui n’entraînent pas leurs modèles sur vos données

5. Analyse émotionnelle ou catégorisation biométrique

Scénario : Un outil analyse les expressions faciales, la voix ou d’autres signaux biométriques pendant un entretien vidéo pour évaluer l’état émotionnel ou la personnalité.

  • IA Act : article 50(3) impose d’informer les personnes exposées du fonctionnement du système et de traiter leurs données conformément au RGPD. Certains usages biométriques peuvent même être interdits selon leur finalité.

 

  • RGPD :
    • Les données biométriques sont des données sensibles (article 9) : traitement en principe interdit, sauf exceptions très encadrées (consentement explicite, intérêt vital, etc.).
    • Obligation de réaliser une analyse d’impact (AIPD) et de mettre en place des mesures de sécurité renforcées
  • Risque principal : illégalité du traitement, atteinte grave aux droits des personnes, sanctions élevées.

 

  • Mesures clés :
    • En pratique, éviter ce type d’usage en RH sauf base légale très solide et AIPD favorable.
    • Information claire et explicite des candidats/salariés.
    • Documentation stricte des finalités, durées et mesures de sécurité.

Tableau récapitulatif : IA Act vs RGPD par cas d’usage

Cas d’usage IA Act : niveau de risque Obligations IA Act clés Obligations RGPD clés
Chatbot de recrutement Risque limité (article 50) Informer qu’il s’agit d’une IA Finalité, base légale, information, droits des personnes
Tri de CV / scoring Haut risque (annexe III) Documentation, supervision humaine, information, qualité des données (dès déc. 2027) Article 22 (décision automatisée), information spécifique, droits d’accès/contestations
Évaluation performance / tâches Haut risque (annexe III) Gouvernance des données, contrôle humain, information (dès déc. 2027) Minimisation, information des salariés, consultation CSE, sécurité
Génération de contenus RH Risque limité (article 50) Marquage des contenus générés, information si pertinent Protection des données dans les prompts, clauses fournisseurs, minimisation
Analyse émotionnelle / biométrie Risque élevé / possible interdiction Information stricte, possible interdiction selon finalité Données sensibles (art. 9), AIPD, mesures de sécurité renforcées

En pratique : 5 questions à se poser avant de déployer un outil d’IA en RH

  1. Quelles données personnelles sont traitées ? (CV, évaluations, biométrie, logs)
  2. Quelle est la finalité exacte et la base légale ? (recrutement, gestion, consentement ?)
  3. L’outil est-il classé haut risque par l’IA Act ? (annexe III : recrutement, évaluation, biométrie)
  4. Comment informer candidats et salariés ? (chatbot, décision automatisée, contenus générés)[
  5. Qui supervise humainement et comment contester une décision ? (recruteur, manager, procédure interne)

Ces cinq cas montrent que l’IA Act et le RGPD ne bloquent pas l’innovation RH, mais imposent une approche documentée, transparente et centrée sur le contrôle humain.[

DSN 2026 : la nouvelle fiabilisation de la quotité de travail change vos contrôles paie

Fiabilisation DSN

 

 

La fiabilisation de la quotité de travail en DSN devient le sujet paie à surveiller cette semaine. Mise à jour le 21 août 2026, la fiche consigne dédiée aux salariés de droit privé rappelle les règles de déclaration de cette donnée souvent sous-estimée. L’enjeu n’est pas seulement documentaire : une quotité mal calculée ou mal transmise peut dégrader les contrôles des organismes sociaux, perturber certains droits et révéler des incohérences entre le contrat, le logiciel de paie et la DSN.

Pour les équipes RH et paie, cette actualité invite donc à passer d’une logique de correction ponctuelle à une véritable démarche de qualité des données. Voici ce que cette consigne change concrètement et comment préparer son SIRH.

Pourquoi la quotité de travail est une donnée sensible en DSN

La quotité de travail traduit le temps de travail rattaché au contrat d’un salarié sur le mois déclaré. Elle doit être distinguée de la quotité de référence, qui correspond à la durée servant de base de comparaison, généralement celle d’un salarié à temps plein dans l’entreprise ou selon les règles applicables. Cette différence est essentielle pour éviter de confondre le temps réellement prévu au contrat avec une simple présence ou avec le nombre d’heures effectivement travaillées.

La donnée intervient dans la lecture de la situation du salarié : temps partiel, évolution contractuelle, entrée ou sortie en cours de mois, suspension du contrat ou changement de durée collective. Une erreur peut ainsi produire une DSN techniquement acceptée mais incohérente sur le fond. C’est précisément ce type d’anomalie que les démarches de fiabilisation cherchent à réduire.

La mise à jour concerne les salariés titulaires d’un contrat de droit privé. Elle ne signifie pas nécessairement qu’une nouvelle règle de rémunération est créée. Elle clarifie surtout les attendus déclaratifs et les contrôles à mener en amont de l’envoi. Cette nuance doit être expliquée aux managers et aux gestionnaires : le risque se situe d’abord dans la qualité du paramétrage et des données sources.

Les principales erreurs à rechercher dans la paie

Un mauvais rapprochement entre contrat et bulletin

Le premier contrôle consiste à comparer la durée prévue au contrat avec la quotité enregistrée dans le dossier salarié. Une modification de temps de travail saisie dans le module RH mais non reprise dans la paie peut créer un écart dès le mois concerné. Le cas est fréquent lors d’un avenant signé en cours de période, d’un passage à temps partiel ou d’un retour à temps complet.

Il faut également vérifier la gestion des entrées et sorties. Un salarié présent seulement une partie du mois ne doit pas être traité comme un salarié dont la quotité contractuelle aurait changé pour tout le mois. Les règles de proratisation et les dates d’effet doivent rester cohérentes dans le contrat, le bulletin et le bloc DSN correspondant.

Des unités de mesure mal interprétées

La fiche consigne rappelle l’importance de l’unité de mesure et de la quotité mensuelle du contrat. Le paramétrage doit donc éviter les conversions automatiques non maîtrisées entre heures, jours, pourcentage et durée collective. Une valeur « 80 » peut, selon le champ concerné, être comprise comme 80 % ou 80 heures : l’absence de référentiel partagé est une source classique d’erreur.

Les entreprises doivent enfin isoler les situations atypiques : forfait en jours, contrats avec répartition variable, travail intermittent ou plusieurs contrats simultanés. Ces dossiers nécessitent une lecture conjointe de la convention collective, du contrat et de la documentation DSN. Une règle générique appliquée à tous les salariés n’est pas suffisamment sécurisée.

Quel plan d’action pour les RH et le SIRH ?

La priorité est de réaliser un contrôle ciblé avant la prochaine clôture de paie. Il n’est pas nécessaire de revoir immédiatement tous les dossiers si l’entreprise dispose d’un effectif important. Un échantillon orienté vers les populations à risque permet d’identifier rapidement les défauts de paramétrage.

  • extraire les salariés à temps partiel, les contrats modifiés récemment et les entrées-sorties du mois ;
  • rapprocher durée contractuelle, quotité de référence, bulletin et données DSN ;
  • documenter les règles d’alimentation des rubriques dans le logiciel de paie ;
  • corriger les anomalies puis conserver la preuve du contrôle effectué.

Le SIRH doit ensuite intégrer des contrôles bloquants ou, au minimum, des alertes. Une quotité vide, supérieure à la référence ou incohérente avec la catégorie du salarié devrait déclencher une vérification avant génération de la DSN. L’idéal est également de centraliser la donnée contractuelle afin d’éviter les ressaisies entre gestion administrative, gestion des temps et paie.

Anticiper plutôt que corriger les rejets DSN

La fiabilisation de la quotité de travail est un bon révélateur de la maturité du processus paie. Une entreprise qui corrige uniquement le fichier après un retour de contrôle traite le symptôme, mais conserve la cause dans son SIRH. À l’inverse, le rapprochement automatisé des données et la traçabilité des avenants réduisent les corrections manuelles et sécurisent les déclarations récurrentes.

Action recommandée : inscrivez dès maintenant la quotité de travail dans votre campagne mensuelle de contrôle DSN. Faites valider les cas complexes par le référent paie ou le conseil social, puis transformez les anomalies constatées en règles de paramétrage. Cette démarche courte permettra de fiabiliser les prochaines déclarations sans attendre un rejet ou une demande d’explication d’un organisme social.

Article rédigé à partir de la fiche consigne DSN consacrée à la fiabilisation des données individuelles et des informations de référence publiées par Net-entreprises et l’Urssaf,


Sources : https://www.net-entreprises.fr/ https://www.urssaf.fr/